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samedi 3 novembre 2012

Dominique AVON et Philippe ROCHER, Les jésuites et la société française (XIXe-XXe siècles), Editions Privat, Toulouse, 2001, 288 pages

Comment les jésuites, champions de l’intransigeance catholique au XIXe siècle, en sont-ils venus, dans la seconde moitié du XXe siècle, à se faire les promoteurs d’un « nouvel humanisme » qui va jusqu’à mettre à distance le christianisme et l’autorité de l’Eglise ? C’est à cette question que Les jésuites et la société française (XIXe-XXe siècles), publié aux éditions Privat en 2001 par Dominique Avon, maître de conférence à l’université Paul-Valéry de Montpellier et auteur d’une thèse sur le P. Doncœur, et Philippe Rocher, auteur d’articles sur l’histoire des jésuites en France et au Québec à l’époque contemporaine, peut donner quelques éléments de réponse. Supprimée en France dès 1764 et universellement en 1773, victime des assauts des Lumières comme des jansénistes, la Société de Jésus est rétablie en 1814, s’affirme aussitôt comme le fer de lance de la reconquête catholique de la société française et occupe donc une place singulière dans les rapports qu’entretient l’Eglise avec le monde.


jeudi 30 août 2012

Françoise MELONIO, Tocqueville et les Français, Aubier, Paris, 1993, 408 pages

Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, agrégée de Lettres, Françoise Mélonio, après une thèse de doctorat en littérature médiévale à l’Université Toulouse-Le Mirail, a soutenu en 1991 sa thèse d’Etat sur Tocqueville dans la culture française. Elle s’est ainsi affirmée comme une spécialiste de Tocqueville et d’histoire culturelle de la France contemporaine, au carrefour de l’histoire des idées politiques et de la littérature, contribuant à l’édition des œuvres de Tocqueville à la Pléiade, à l’Histoire culturelle de la France publiée au Seuil en 1998 ou à la partie consacrée au XIXe siècle de La littérature française, dynamique et histoire, publié en 2007 sous la direction de Jean-Yves Tadié. Tocqueville et les Français, publié en 1993, s’inscrit directement dans le champ d’investigation de la thèse d’Etat de l’auteur, qui se propose d’examiner, au travers de la réception de l’œuvre d’Alexis de Tocqueville, l’histoire de l’élaboration d’un modèle français de démocratie. En effet, Françoise Mélonio note que les Français du XIXe siècle ont cherché la réponse à la question posée par la singularité française dans la Révolution, suivis par les historiens, qui font de l’histoire de la transition démocratique celle d’une Révolution qui s’étire. L’objet de l’ouvrage est donc de secouer la « fascination tyrannique des origines », qui réduit le XIXe siècle à un « entre-deux » (p. 7). Or, dans la réflexion sur française sur l’invention de la démocratie, l’œuvre de Tocqueville paraît surplomber les autres, de sorte qu’il est nécessaire d’entreprendre la « chronique de la conversation querelleuse des Français avec Tocqueville » (p. 8). En effet, si De la démocratie en Amérique devient un classique aux Etats-Unis dès 1835, son auteur, alors qu’il est aujourd’hui souvent exalté comme « prophète » (p. 12), semble largement délaissé de 1880 à 1950, relégué dans l’archaïsme par l’essor des sciences de l’homme.

mardi 3 juillet 2012

Les catholiques de gauche (2) : D’hier à aujourd’hui

Georges Hourdin, grande figure de la presse catholique de gauche.

Dans mon article précédent, je me suis efforcé de rappeler que la « gauche catholique », sous le pontificat de Pie XI, s’engage largement dans la construction de la « nouvelle chrétienté », même si l’on peut noter l’équivoque que couvre un tel vocabulaire. On objectera peut-être que les catholiques de gauche ont oublié ou renié ces racines, tels Jean-Marie Paupert rangeant au lendemain du Concile Jacques Maritain au nombre des « vieillards de chrétienté » ; qu’il n’y a en un mot rien de commun entre, justement, un Jacques Maritain, qui en 1968 collaborait à la rédaction du magnifique Credo du Peuple de Dieu de Paul VI, et tel journaliste du Pèlerin reprochant au jésuite Bernard Sesbouë, qui n’est pourtant pas précisément un intégriste, de défendre la divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Du point de vue de la foi, c’est parfois exact, hélas, et Jacques Maritain ne fut pas le dernier à dénoncer l’apostasie immanente, la « chronolâtrie » de bien des catholiques. Mais outre qu’il est aujourd’hui malaisé, en ces temps où l’autorité ecclésiastique n’est plus exercée qu’avec la timidité la plus extrême, de distinguer nettement l’hérésie formelle des résultats de la simple ignorance, ce n’est pas assez que de relever l’apostasie ou l’hérésie de certains catholiques de gauche pour en conclure qu’ils n’ont absolument rien en commun avec leurs ancêtres du temps de Pie XI.

jeudi 21 juin 2012

Alain Hugon, Au service du Roi catholique. « Honorables ambassadeurs » et « divins espions ». Représentation diplomatique et service secret dans les relations hispano-françaises de 1598 à 1635, Casa de Velázquez, Madrid, 2004

Au service du Roi Catholique. « Honorables ambassadeurs » et « divins espions », publié en 2004 par Casa de Velázquez, est issu d’une thèse soutenue en 1996 par Alain Hugon à l’Université de Caen, portant sur « représentation diplomatique et service secret dans les relations hispano-françaises de 1598 à 1635 ». Il s’agit donc d’étudier, en s’appuyant sur une base de données de deux cent quarante espions, dans la période d’accalmie qui s’étend de la paix de Vervins à la déclaration de guerre de 1635, la diplomatie tant officielle que secrète de la monarchie espagnole : en effet, l’espionnage s’insère dans le cadre général de la diplomatie, tandis que l’ambassadeur, protégé par les immunités dont il bénéficie, apparaît souvent comme le premier informateur de la monarchie.

samedi 16 juin 2012

"Catholiques d'abord" (2) : Permanences et dérives du mouvement catholique au XXe siècle

Cet article est la suite du compte rendu de l'ouvrage d'Yvon Tranvouez Catholiques d'abord. Approches du mouvement catholique en France (XIXe-XXe siècle) dont la première partie a été publiée ici : http://contre-debat.blogspot.fr/2012/06/catholiques-dabord-1-le-mouvement.html

Pie XI, promoteur de la "nouvelle chrétienté"
La deuxième partie de l’ouvrage d’Yvon Tranvouez examine les rapports de la « nouvelle chrétienté » promue sous le pontificat de Pie XI avec la modernité. L’idée d’une « nouvelle chrétienté » est développée à partir de l’encyclique Quas Primas sur la royauté du Christ (p. 109) après avoir été esquissée dès l’encyclique Ubi Arcano, qui se donne un programme de restauration de l’ordre social chrétien (p. 115). En France, la mobilisation contre le Cartel des Gauches favorise la concentration des forces catholiques. L’auteur parle ainsi d’une « convergence catastrophique » (p. 116), propre à nourrir le discours intransigeant catastrophiste sur la faillite inévitable de la société (p. 119) dans un contexte marqué par le péril communiste ou par la révolte des Cristeros au Mexique.

samedi 9 juin 2012

« Catholiques d'abord » (1) - Le mouvement catholique au XIXe siècle

Compte rendu : Yvon TRANVOUEZ, Catholiques d’abord. Approches du mouvement catholique en France (XIXe-XXe siècle), Les Éditions Ouvrières, Paris, 1988, 264 pages.




     Aujourd’hui professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bretagne Occidentale à Brest, Yvon Tranvouez s’est distingué notamment par ses travaux sur le mouvement catholique en France, sous la direction puis dans le sillage d’Émile Poulat. C’est dans ce champ d’investigation que s’inscrit résolument Catholiques d’abord. Approches du mouvement catholique en France (XIXe-XXe siècle). Refusant, à la suite d’Émile Poulat, l’analyse de la société contemporaine en terme d’opposition entre une droite libérale et une gauche communiste, l’auteur affirme avec force la nécessité de ne pas oublier la « vigoureuse réaction du catholicisme à la situation nouvelle qui lui était faite » après la Révolution.  

lundi 21 mai 2012

Philippe DARRIULAT, Les patriotes : la gauche républicaine et la nation, 1830-1870, Paris, Éditions du Seuil, Coll. L'Univers historique, 2001, 336 p.



Compte-rendu : Philippe DARRIULAT, Les patriotes : la gauche républicaine et la nation, 1830-1870, Paris, Éditions du Seuil, Coll. L'Univers historique, 2001, 336 p.


Philippe Darriulat, né en 1958,  historien, professeur d'histoire-géographie au lycée d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), est aussi un homme engagé en politique : ancien président de l'Union nationale des étudiants de France - Indépendante et démocratique (UNEF-ID), cadre du Parti socialiste, il fait aujourd'hui partie, avec Henri Emmanuelli et Benoît Hamon, du club Un Monde d'Avance  ; il est adjoint au maire du 18e arrondissement de Paris en charge des affaires scolaires et de la recherche.

lundi 2 avril 2012

Raymond HUARD, La naissance du parti politique en France, Presses de Sciences Po, Paris, 1996, 383 pages

Professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paul Valéry de Montpellier, Raymond Huard s’attache, dans La naissance du parti politique en France, à retracer l’émergence au cours du XIXe siècle de l’organisation partisane des forces politiques. Résultat de l’identification entre une opinion politique déterminée et une organisation nationalement ou internationalement structurée, le parti a longtemps souffert de sa mauvaise réputation : les partis, comme le note l’auteur au début de son ouvrage, sont perçus comme des factions, des machines, des appareils qui pervertissent le débat politique et rendent impossible la libre discussion. De plus, si de nombreuses études ont été conduites sur les forces politiques françaises, peu s’interrogent sur la genèse de leur organisation partisane ; dans Pour une histoire politique (1988), dirigé par René Rémond, Serge Berstein, chargé du chapitre sur les partis, note ainsi que l’étude des partis s’est souvent limitée à des monographies très événementielles ou à des ouvrages focalisés sur les formations marxistes, parfois non sans parti-pris idéologique, ce qui a contribué à jeter le discrédit sur l’histoire des formations partisanes.

mardi 25 octobre 2011

Recension : Jean GARRIGUES, La République des hommes d’affaires (1870-1900), Aubier, 1997, Paris, 432 pages.

« On pourrait dire que la troisième République est le fruit d’un « contrat » entre les républicains « historiques », maîtres du pouvoir depuis le 4 septembre 1870, et les milieux d’affaires, ralliés progressivement à partir de 1871 » (p. 11). C’est à partir de ce constat que Jean Garrigues, professeur à l’Université d’Orléans, met en œuvre une réflexion qui poursuit et prolonge les recherches entreprises dans le cadre de sa thèse de doctorat sur Léon Say et le Centre gauche. Il s’agit en effet, dans La République des hommes d’affaires, de mettre en évidence le rôle joué par les réseaux et l’influence du Centre gauche, représentant la grande bourgeoisie conservatrice et libérale, tant dans le ralliement des milieux d’affaires à la République que dans la forme prise par la vie et les institutions du nouveau régime, auxquels ils fournissent, de 1871 et 1879, plus de la moitié des ministres. L’auteur note en effet que ce champ d’investigation est demeuré largement délaissé par les historiens de la troisième République, d’autant plus que l’étude des réseaux d’influence unissant monde des affaires et pouvoir politique s’est prêtée à des discours polémiques sur le complot bourgeois ou le complot juif (p. 13). Jean Garrigues s’efforce donc de dresser un « diagnostic le plus fiable possible », « sans diabolisation ni hagiographie » en effectuant l’analyse systématique des « réseaux d’influence réciproque et des convergences entre les pouvoirs » (p. 13) de la proclamation de la République en 1870 à l’opposition au Bloc des gauches en 1902.