vendredi 25 janvier 2013

Les impostures d’un homosexualiste catholique (6) : L’homosexualité comme moindre bien

Dans l’article dont nous nous efforçons de faire le commentaire, Philippe Ariño s’en prend notamment au P. Anatrella, auquel il reproche de « transformer l’amour homosexuel en parfaite antithèse de l’amour femme-homme en sacralisant la différence des sexes ». En effet, aux yeux de M. Ariño, « la différence entre couple homo et « couple femme/homme aimant » (je n’ai pas dit « hétérosexuel ») ne se dit pas en termes manichéens de « mal » et de « bien » mais se joue plutôt entre le « bien » et le « meilleur ». » Au cas où son lecteur ne l’aurait pas compris, il ajoute dans une parenthèse : « Le bien ou le convenable – et quelques rares couples homosexuels de notre entourage sont « bien et convenables » – ne se convertit pas en « mauvais », en « laid » au contact du meilleur… même si la préférence pour le « meilleur », encouragée par l’éthique et la morale, hiérarchise forcément. »
 


Des actes intrinsèquement désordonnés… mais seulement « moins bons »
On comprendra donc qu’aux yeux de Philippe Ariño, l’homosexualité pratiquée en couple n’est pas mauvaise mais qu’elle est simplement moins bonne, qu’elle possède un moindre degré de perfection que le couple composé d’un homme et d’une femme : ce qui est tout de même dire que l’homosexualité est bonne en elle-même. L’auteur dit de même un peu plus haut que « tous les « actes homosexuels » ne sont pas mauvais : cela dépend de notre manière de vivre notre désir homosexuel, et celui-ci ne se vit pas qu’en termes génitaux ou violents ». Outre que ces propos sont rendus curieux par la légitimité que M. Ariño donne de fait au couple homosexuel, qu’il serait peu réaliste de se figurer continent, on voit mal comment il est possible de les concilier avec l’enseignement de l’Eglise, qui affirme en termes si nets que les actes d’homosexualité sont « intrinsèquement désordonnés » et « ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas », et que la propension homosexuelle est elle aussi « objectivement désordonnée » (CEC §§2357-2358). Le Catéchisme dit bel et bien : en aucun cas. Et l’on voit mal comment des actes intrinsèquement désordonnés pourraient être simplement moins bons que d’autres. Si des actes homosexuels non génitaux sont évidemment moins graves que des actes homosexuels génitaux et violents, ils restent, selon l’enseignement de l’Eglise, foncièrement désordonnés.
 
L’homosexualité selon Philippe Ariño, un moindre bien
Pour Philippe Ariño, l’homosexualité n’est en effet pas seulement un moindre mal : c’est un moindre bien. C’est pourquoi la caution qu’il donne à l’appel à la continence que l’Eglise lance aux personnes homosexuelles n’est pas elle aussi un appel impérieux, mais un simple conseil – à la manière, en quelque sorte, de saint Paul qui recommandait le célibat pour Dieu tout en désignant le mariage comme un bien. Le problème est que le rapport du couple homosexuel au couple composé d’un homme et d’une femme est bien loin du rapport du mariage chrétien au célibat consacré. Le mariage chrétien, voulu par Dieu et élevé à la dignité de sacrement, possède sa perfection propre, il est l’image sur la terre du mariage du Christ et de son Eglise. Il est donc seulement moins parfait en lui-même que le célibat pour Dieu. Or un couple homosexuel est non pas moins parfait que le couple composé d’un homme et d’une femme, mais est intrinsèquement désordonné, donc exclut en lui-même toute forme de perfection ou de bien, même moindre. Philippe Ariño semble avoir quelque peine à prendre au sérieux les mots dont use l’Eglise pour traiter du problème qui l’occupe. De la même manière, on ne peut pas plus alléguer l’ambiguïté du texte de M. Ariño, qui parle aussi d’actes homosexuels non génitaux et non violents. En effet, ces actes, s’ils sont évidemment beaucoup moins graves que les actes homosexuels génitaux et violents, demeurent eux aussi désordonnés et ne peuvent être déclarés bons, à moins de déclarer que l’Eglise se trompe dans ce qu’elle enseigne sur l’homosexualité – mais peut-être est-ce ce que l’auteur veut dire lorsqu’il affirme, à la fin de son article, avoir « mal à [son] Eglise » et la vouloir « en voie de sanctification », comme si l’Eglise divinement instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ devait être sanctifiée par nous et non l’inverse.
 
L’enseignement de l’Eglise sur le moindre mal
Avant d’écrire et de proclamer dans une multitude de conférences destinées à la jeunesse catholique, Philippe Ariño devrait donc relire l’enseignement du Catéchisme de l’Eglise catholique (ou, s’il s’en écarte, le dire avec franchise et non de manière implicite), et se souvenir également de ce qu’enseigne l’Eglise quant au moindre mal – et l’honnêteté intellectuelle devrait le conduire à admettre qu’aux yeux de l’Eglise, l’homosexualité est bel et bien un mal. En effet, le Pape Paul VI écrivait dans l’encyclique Humanae Vitae (§14) :
On ne peut invoquer comme raisons valables, pour justifier des actes conjugaux rendus intentionnellement inféconds, le moindre mal ou le fait que ces actes constitueraient un tout avec les actes féconds qui ont précédé ou qui suivront, et dont ils partageraient l'unique et identique bonté morale. En vérité, s'il est parfois licite de tolérer un moindre mal moral afin d'éviter un mal plus grand ou de promouvoir un bien plus grand il n'est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu'il en résulte un bien, c'est-à-dire de prendre comme objet d'un acte positif de volonté ce qui est intrinsèquement un désordre et, par conséquent, une chose indigne de la personne humaine, même avec l'intention de sauvegarder ou de promouvoir des biens individuels, familiaux ou sociaux.
Ce qui est vrai de l’acte conjugal rendu intentionnellement infécond ne peut, à plus forte raison, qu’être vrai d’actes par définition radicalement inféconds. Il n’est pas permis de faire le mal pour qu’il en résulte un bien : tel est l’enseignement de l’Eglise. On peut tolérer l’homosexualité, mais en aucun cas déclarer que certains couples homosexuels sont bons et convenables sous prétexte qu’ils sont moins dépravés que d’autres.
 
Philippe Ariño et la mission de l’Eglise
Plus profondément, c’est la conception que Philippe Ariño a de la mission de l’Eglise qui laisse songeur. Notre-Seigneur n’a pas chargé son Eglise d’organiser pour ainsi dire les vices des hommes pour qu’ils vivent un peu moins mal en cette vallée de larmes. Il a au contraire demandé à ses disciples d’être parfaits comme notre Père céleste est parfait (Mt V, 48). Notre-Seigneur est venu nous communiquer la vie divine, nous rendre participants de toutes les perfections de Dieu. C’est cet enseignement que reprend saint Paul : « Nous demandons dans nos prières que vous soyez consommés en perfection » (2Cor XIII, 9). L’Apôtre ne veut rien d’autre que « rendre tout homme parfait dans le Christ Jésus » (Col I, 28) : il s’agit de parvenir à la « stature parfaite du Christ » (Eph IV, 13). « Ce n’est pas que j’aie déjà saisi le prix, ou que j’aie déjà atteint la perfection ; mais je poursuis ma course pour tâcher de le saisir, puisque j’ai été saisi moi-même par le Christ », écrit l’Apôtre (Phil III, 12). Et il faisait encore cette exhortation : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais transformez-vous par le renouvellement de l’esprit, afin que vous éprouviez quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui est agréable, ce qui est parfait » (Rm XII, 2).
Il ne revient certes qu’à Dieu d’opérer le « perfectionnement des saints » (Eph IV, 12) par les secours de sa grâce sans laquelle nous ne pouvons rien faire. Mais présenter le choix qu’il a fait de la continence non comme une nécessité rendue possible par la grâce du Christ et vers laquelle toute personne homosexuelle doit tendre, mais comme un choix simplement meilleur que celui du couple homosexuel stable « bien et convenable », voilà qui est mentir gravement aux fidèles sur la vérité de la doctrine catholique et sur la finalité de la prédication évangélique.
 
Louis-Marie Lamotte
(A suivre)

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